De la culture dans mon jardin


Il faut continuellement se rappeler que la force et la singularité d’une région sont intimement liées à sa capacité d’ouverture à l’autre, mais aussi à une personnalité bien assumée et une culture enracinée en fonction d’une histoire, d’un territoire et de sa capacité d’innovation et de concertation.

Le jeudi 29 mai dernier, je participais au lancement d’un projet instauré en concer­tation par Culture Maurice et la Chambre de commerce de Trois-Rivières. Le but de ce projet consistait à réunir des artistes et des entreprises de la région afin de mettre en place une opération d’embellissement d’un lieu public pour le plus grand bénéfice de ses utilisateurs. En partenariat avec le Centre de santé et des services sociaux de Trois-Rivières et sa Fondation, le comité a mis en place des brigades d’interventions créatives et a choisi les jardins extérieurs de la résidence Cooke (CHSLD) pour réaliser des aménagements artistiques et poétiques afin d’améliorer l’environnement des personnes qui sont au crépuscule de leur vie.

L’originalité de ce projet repose sur le fait quele «plus gros» centre de santé de notre région choisit de mettre à contribution le potentiel de nos artistes régionaux pour aménager ces espaces publics.

Cette petite expérience est lourde d’enseignement.

Elle nous démontre qu’un simple changement de perspective de la part des gestionnaires d’établissement ou de leaders régionaux peut devenir une occasion de mobilisation et de fierté régionale inespérée pour une communauté.

Pendant qu’Éric Lord, directeur général de Culture Mauricie, que Caroline Beaudry, directrice générale de la Chambre de commerce de Trois-Rivières et que Sébastien Rouleau, directeur des établissements en CHSLD du CSSSTR, exprimaient leur satisfaction d’avoir réalisé un tel projet, je me suis mis à rêver…

Je me suis mis à rêver d’une région d’histoire et de culture qui se projette vers l’avenir en misant sur l’innovation, la formation et la concertation.

Je me suis mis à rêver que chaque ville, chaque village, chaque MRC planifiaient son développement en tenant compte des caractéristiques culturelles distinctives qui ont forgé sa personnalité tout au cours de son histoire.

Je me suis mis à rêver d’une région où nos lacs, nos rivières, nos forêts, notre fleuve devenaient notre marque de commerce.

Je me suis mis à rêver que notre positionnement géographique devenait une valeur ajoutée, notre force d’attraction.

Je me suis mis à rêver que la langue française était une richesse, une pierre d’assise de notre développement.

Je me suis mis à rêver que la Mauricie devenait un lieu de prédilection pour tous les poètes, les artistes, les écrivains, les travailleurs de la culture en quête d’un milieu de vie propice à la création.

Je me suis mis à rêver que les médias d’information jouaient un rôle de diffuseur et d’accompagnateur de tout ce dynamisme régional qui repose sur 380 ans d’histoire.

Je m’imaginais les deux commissions scolaires inviter les conseils d’établissement de chacune des écoles présentes sur leur territoire à élaborer des projets éducatifs qui valorisent la culture régionale en faisant la promotion de la musique francophone à l’intérieur des écoles et que les enseignants offraient des lectures d’écrivains de la région dans le cadre des cours de français.

Je me suis mis à rêver que les libraires et les disquaires mettaient en évidence la production régionale.

Je me suis mis à rêver que le centre de détention de Trois-Rivières valorisait la culture comme moyen de réhabilitation.

Je me suis mis à rêver que les centres de santé considéraient la culture comme déterminante dans les milieux de vie pour les résidents.

Je me suis mis à rêver que nos collèges et notre université devenaient des promoteurs de la culture québécoise.

Puis soudainement, je reviens à la réalité après ce petit moment d’inattention et j’entends Thomas Grégoire, initiateur du projet, présenter les œuvres exposées dans les jardins du CHSLD de Cooke. Je constate que ce n’était pas un rêve, mais bien le début d’un temps nouveau pour la culture en Mauricie.

En nous inspirant de la formule du mouvement écologique « agir localement pour penser globalement », nous pourrions conclure que les intervenants de la culture en Mauricie ont fait le choix « de se définir régionalement pour rayonner nationalement et mondialement ».

En terminant… comme le dirait Félix en ce centième anniversaire :

En Mauricie,

Les bourgeons sortent de la mort
Papillons ont des manteaux d’or
Près du ruisseau sont alignées les fées
Et les crapauds chantent la liberté
Et les crapauds chantent la liberté...

Bon été!

Guy Rousseau
Directeur général, Société Saint-Jean-Baptiste de la Mauricie
Administrateur, représentant de la commission Développement / Organismes de formation, de défense ou de promotion, Culture Mauricie