Déséquilibre

Les chiffres de 2011 sur la fréquentation des arts de la scène de l’Observatoire de la culture et des communications du Québec viennent de sortir et le moins que l’on puisse dire, c’est que le constat n’est pas reluisant. En effet, depuis 2009, alors que le nombre de représentations sur l’ensemble du territoire se maintenait à un peu près  à 16 600, les chiffres d’assistance reculent  (sur la période 2009-2011) de 11 % et ceux des revenus de 15 %. Dans un contexte de crise économique, l’achat plaisir subit en priorité les coupes dans le budget de plus en plus serré de la plupart des québécois et l’année 2012 n’apportera pas de bonnes nouvelles sur ce terrain. En effet, d’après les premières estimations de fréquentation établies par les principaux diffuseurs du Québec, la tendance se maintient à la baisse. À travers ce constat morose, certaines régions souffrent plus que d’autres. C’est le cas de la Mauricie qui encaisse un recul de 22 % sur un an de sa fréquentation. Cette situation fragilise d’abord les milieux culturels dans les régions et en premier lieu les artistes, les producteurs et les diffuseurs qui se débattent dans un marché  extrêmement compétitif avec des moyens toujours plus limités.

Dans un tel contexte, il semble fondamental que les pouvoirs publics n’abandonnent pas le bateau en pleine tempête et soutiennent les milieux culturels régionaux sous peine de désagrégation de pans entiers de notre identité. À ce sujet, le nouveau ministre de la Culture, monsieur Maka Kotto, s’est engagé en campagne électorale à augmenter le budget du CALQ de 13 millions de dollars et celui de la SODEC de 8 millions de dollars. C’est une bonne nouvelle à la condition que pour une fois (et contrairement aux pratiques habituelles) cet argent se rende jusqu’aux régions. En effet, il est navrant de constater le déséquilibre actuel. Prenons l’exemple de l’année 2010-2011 : 83,8 % de l’argent versé par la SODEC l’était dans le bassin de Montréal alors que la Mauricie récoltait un généreux… 0,4 %. Du côté du CALQ, les chiffres sont nettement meilleurs (?) puisque la Mauricie a reçu un beau 1,4 % et Montréal 64,9 %. Depuis plusieurs années, Culture Mauricie déplore et dénonce cette situation forcément inéquitable qui engendre une concentration de la création québécoise vers les grands centres. 

Avec l’arrivée au pouvoir d’un nouveau gouvernement, nous pouvons espérer une plus grande décentralisation et une meilleure répartition géographique des investissements en culture. Imaginons que ces fonds parviennent jusqu'à nous, l’espoir, devenu notre nouvel ami, pourrait nous laisser croire que dans le futur, les politiques culturelles mises en place par nos organismes régionaux et nos municipalités ne conduisent pas à engraisser davantage la technostructure administrative mais se rendent directement aux artistes et aux organismes. Depuis toujours, grâce à leur créativité, leur talent et leur dynamisme, ils ont participé activement au développement et à l’attractivité de notre territoire. Aujourd’hui, ils sont menacés par la crise économique et la polarisation des moyens vers les métropoles, et si notre société souhaite éviter une dévitalisation progressive de la vie culturelle régionale, il est urgent de rééquilibrer nos moyens d’action et d’investir sur nos créateurs de richesse.

Thomas Grégoire
Directeur adjoint-responsable marketing, communication et partenariat, Festivoix
Administrateur, représentant à la commission Arts de la scène | Organismes, entreprises ou collectifs d'artistes, Culture Mauricie